J'essaye personnellement de le vivre [ le Carême ] comme une retraite spirituelle structurée par la prière, le jeûne et l'aumône. Ce grand tryptique de la tradition chrétienne
revient à vivre une salutaire cure d'amaigrissement de notre moi, de notre corps et de notre portefeuille. Et, ce faisant, à densifier notre vie intérieure. Je regrette qu'on ait autant
spiritualisé le jeûne, devenu un «jeûne» de la tête, au détriment du jeûne effectif du corps. Le carême de partage, aussi utile soit-il, ne peut remplacer l'expérience unique de la privation
volontaire de nourriture car ce qu'on n'inscrit pas dans son propre corps n'est pas fondamentalement humain. Les fruits du jeûne sont nombreux : l'esprit devient plus léger, les pensées se
purifient, on est plus enclin à prier et à lire l'Ecriture. Bref, à vérifier soi-même que «L'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Mt
4,4).