La foi n’a pas de sens, elle n’a pas de réalité à moins qu’elle ne se répète, qu’elle ne persévère. En quoi
persévérons-nous ?
Et comment se fait-il que cette simple persévérance produise une expansion de la profondeur de vie, de conscience et d’être ? La foi est persévérance dans l’identité réelle qui est la nôtre, dans
l’identité durable que seul l’engagement peut révéler. Tant qu’on ne s’est pas engagé, on n’a pas d’identité stable. L’ego est le soi avant qu’il n’ait trouvé à s’engager dans quelque chose qui
le dépasse…
Le niveau auquel nous nous engageons est le degré auquel notre identité se réalise. Si nous ne sommes engagés qu’au niveau de l’égoïsme, notre identité ne se réalisera pas au-delà du niveau des
humeurs et des masques changeants de l’ego. Si nous sommes engagés dans les valeurs, et donc les défis de ce qui est plus profond que l’ego, alors une identité commence à émerger au niveau du
vrai soi. La forme de notre identité change à mesure qu’on s’engage plus profondément, que l’on devient plus fidèle. Même notre nature change en méditant, tous les jours, année après année. On
devient de moins en moins conscient du changement qui s’opère en nous parce que la conscience qui s’observe disparaît.
Nous savons que nous changeons, et nous le savons par les autres, parce que nous nous découvrons plus aimants. On se découvre agissant moins à partir des schémas rigides de l’ego et davantage à
partir de la forme en expansion infinie et donc indéfinissable du vrai soi. En développant l’identité unique et infiniment aimable qui nous a été donnée pour la trouver et la réaliser, nous nous
découvrons en train de devenir la personne que Dieu a choisie avant que le monde fût. On pourrait prendre l’image d’une chute d’eau.
Des gens vous disent : « Viens voir cette magnifique chute d’eau. » Vous y allez et vous voyez une puissance incroyable, une quantité d’eau incalculable, se déversant à flanc de montagne. C’est
la chute d’eau qu’ils voulaient voir, mais elle ne peut jamais être la même chute d’eau. Elle change d’instant en instant. Elle change en permanence, toujours nouvelle, toujours chutant du haut
d’elle-même et malgré tout enracinée dans sa propre identité.
Dans la foi, la conscience humaine sait tout cela parce que la foi nous amène à la vision de ce que l’on est vraiment au moment où on le devient. Sans la foi, nous ne voyons que des schémas fixes
qui, en fait, sont en voie de décomposition. Par la foi, nous voyons des schémas en expansion qui évoluent. Nous voyons l’âme et nous voyons chaque personne comme un flot de lumière qui s’écoule.
L’identité de chaque personne infiniment aimable est de l’énergie en état permanent de transformation…
En méditant, nous trouvons cette puissance à notre propre source. Nous buvons à notre propre fontaine. Mais nous buvons directement au flot qui alimente la fontaine. Nous buvons dans la lumière
de l’être à la Source d’où s’écoule la lumière, l’Esprit divin, la source éternelle de l’eau vive. Plus nous buvons profondément, plus nous sommes fidèles, plus nous devenons
lumière.
Extrait de Laurence Freeman o.s.b., La Parole du silence, « Schémas et identité », Le Jour éditeur, Montréal, 1995.